A. LEVEUF & S. GASSMANN, C.O.N.C.A.V

Emission pilote

Invités

Djamel Kokene

http://www.laplateforme.net

Djamel Kokene

Le travail qu’entreprend Djamel Kokene s’apparente à un entrelacs de lignes privilégiant l'association d'idées plutôt que le soulagement d'une attente répondant à une intention, à un but. Eparses et apparemment éloignées les unes des autres, les propositions de Djamel Kokene se succèdent par occasion et le lieu d’exposition devient le temps d’une formulation plutôt que l’aboutissement d’un travail.

Il propose le concept d' « Artiste-Stagiaire », premier pas pour développer un certain nomadisme artistique, fondé sur une capacité d’adaptation, de construction perpétuelle. Il élabore des dispositifs critiques fondés par exemple sur des médiums de communication (affiches, vidéo, CD-Rom), partant des formes et structures préexistantes pour proposer une autre façon de les employer. Sa démarche suit le chemin d'une recherche où la théorie est une activité non autonome car elle s'intègre dans la pratique faisant prévaloir la dimension temporelle du présent (Djamel Kokene’s Escort – Performance 2004). L'ambivalence, la contradiction comme la dichotomie que suscitent le langage et la pensée, constituent pour lui un moyen d’investigation qu’il inscrit volontiers dans le territoire de l'image (Fiction – Installation 2003 ; Point de vue – Photographies 2001), sa limite visuelle et auditive (Cacophonie - Performance), et linguistique (Event – Affiches, Work in Progress 1999). En somme, ce qui attire, entre autres, son attention et guide sa recherche est la façon dont nos comportements, nos actes se modifient (Tuer le temps – Visite guidée et touristique 2003). Selon lui, il ne serait y avoir de méthodes de travail et si toutefois il devait y avoir une, ce serait celle de l'insouciance réglée par le passage indifférent d'une forme à une autre. Djamel Kokene apparaît à cet effet à l’autre bout de l’activité artistique telle la création du dispositif collectif LAPLATEFORME visant à créer des passerelles artistiques entre l’Europe, le Maghreb et le Moyen-Orient.

Johann Van Aerden

http://www.johann-van-aerden.net/

Johann Van Aerden_HLMHTML en collaboration avec Simon Boudvin
HlmHtml est une oeuvre minimaliste et efficace. L'utilisation abusive du code sur le web comme la construction surabondante d'hlm dans les années 60 est ici une barre dynamitée avec humour et élégance, une vision claire de ce que peut être une oeuvre d'art sur le web ou dans le brouillard de polution parisien sur le fil romantique de la promenade.

_PEER2POP
Le pire du sauvage est encore du meilleur effet. A priori JVA aime la collaboration, ici alliée à l'esthétique burlesque de Nicolas Boone : ils rockent une parodie publicitaire pour l'internet.

Philippe Munda

http://www.philippemunda.com

Philippe MundaPhilippe Munda s'est remis en question un soir de septembre 2001. Photographe de mode, il a accumulé des milliers de clichés inutiles entassés dans des cartons. Depuis, il est en résidence chez des amis pour des temps de pose assez longs : quelques mois. Dans un processus de contemplation sensible il recherche une possible monstration de ses archives accompagnées par de nouveaux clichés, il s'acclimate avec les échanges humains et les lieux qu'il fréquente. C'est simplement beau.

Ana maria de Jesus

Ana-Maria de Jesus travaille sur l'avenir avec des scientifiques, des artistes et des écrivains. Quel est notre avenir? De l'optimisme des années 60 sur la société des loisirs de l'an 2000 (si l'on soustrait la peur du rouge) au pessimisme d'aujourd'hui quant au réchauffement de la planète... Elle réfléchit sur une recherche prospectiviste avec les nouvelles technologies

Mathias Ohrel

Mathias OrelJournaliste et consultant indépendant, Mathias Ohrel a passé six ans chez Kenzo, d'abord au marketing des parfums puis comme concepteur et directeur de kOzen. Depuis, il a tenu la page "style" des Inrockuptibles, écrit les rencontres du bi-mensuel Magazine, réalise des reportages pour différents supports presse et radio( Mixt(e), Jalouse, Radio Nova, Beaux Arts Magazine ). En 2004 et en 2005, il a produit et assumé la rédaction en chef des hors séries de Beaux Arts Magazine, " La société de la Fashion " et " Vies, Modes d'emploi ".

Samuel Gassmann

Samuel GassmannJournaliste et consultant indépendant, Samuel Gassmann a signé plusieurs documentaires sur des personnalités de l'art contemporain comme Claude Lévêque ou Tina Barney.

Joel Borges

Joel BorgesChorégraphe brésilien installé à Paris depuis une dizaine d’années, Joel Borges a été l’interprète de plusieurs ballets avant de défendre les créations d’Angelin Preljocaj. En 1994, il signe sa première création Colloque Complexe et crée la compagnie Ixkizit deux ans plus tard. Fortement imprégné par les travaux de plasticiens contemporains, Joel Borges veut amener la danse dans des lieux qui ne lui sont pas naturellement destinés : friches industrielles comme la Manufacture des œillets à Ivry ou Mains d'œuvre Saint-Ouen, Terrasses du Bosco à la Villa Médicis à Rome et Jardin de l'Estufa fria à Lisbonne, sont autant de lieux dans lesquels le chorégraphe a pu présenter ses créations. Après une résidence à la Villa Kujoyama au Japon en 2001, Joel Borges s'apprête à monter de nouveaux spectacles en Europe de l'Est et en Asie notamment.

Alexandre Leveuf

Alexandre LeveufAprés des études d'art, Alexandre Leveuf est responsable des nouvelles technologies et du multimédia à Mains d'Œuvres. Depuis deux ans il développe son propre travail en jouant avec les médias. Il a collaborer avec des chorégraphes, monteurs, réalisateurs...

Déroulé de l'émission

Alexandre Leveuf : Mesdames messieurs, bonsoir et bienvenue dans CONCAV la Critique Ouverte aux Nuls, première émission d'art contemporain en direct sur le web. Je me nomme Alexandre Leveuf, je suis artiste. CONCAV est une oeuvre qui vous permet de démontrer vos talents critiques.

Ce soir ce sera un peu comme les Sept d'Or, il va falloir que je remercie beaucoup de monde. Ce sont mes fesses qui vont commencer, elles sont assises dans le canapé Teckel d'Hilton Mac Connico. Je remercie donc le sémillant et fougueux galeriste Grégory Fouble qui nous prête les locaux de la galerie MAAD, galerie pour le Modernisme et l'Ameublement d'Art et de Design.

CONCAV reçoit ce soir cinq artistes, ils sont beaux, jeunes, intelligents, sensibles ou énergiques. Ils travaillent souvent en collaboration avec d'autres artistes, musiciens, graphistes, chorégraphes, vidéastes. Il s'agit de Djamel Kokene, Ana Maria de Jesus, Simon Boudvin, Philippe Munda et Johann Van Aerdeen.

J'ai fait appel à une équipe de chroniqueurs. Ce sont des amis issus des différents champs de la création contemporaine, ils donneront leur point de vue critique sur le travail des artistes invités.

Il n'a pas son pareil pour déceler la maturité artistique dès ses premiers pas. Ce Batman dandy arpente les rues de Paris dans des habits de lumière signés APC ou Paul Smith.

Je ne connais pas une parisienne qui ne cèderait à son charme désinvolte ou à son humour glamour. Il déguste les meilleurs vins, hume les meilleurs cigares et ne refuse jamais un bon cognac. Ce globe-trotter de Paris intra-muros s'est entretenu avec les plus grandes stars internationales de l'art contemporain pour la télévision... S'il avait été homosexuel, ça aurait été l'homme de ma vie mais je ne désespère pas. Je vous présente Samuel Gassmann, art visuel.

Sans lui Jean-paul Gautier aurait été boulanger, Karl Lagerfield porterait encore des caleçons et le marketing de Kenzo serait une feuille de chou. Ce chouchou bobo a élu la place Clichy comme quartier général. Il a organisé les meilleures partys parisiennes et son scooter file de fêtes en lieux tops. Il aime les brunes et passe sa vie avec des blondes. Il a interviewé les plus grandes stars aux quatre coins du monde. Il a vécu à Katmandou 30 ans après : il est un savoureux mélange de rock bourgeois et de hippie chic : Mathias Ohrel. 

C'est un amoureux des lieux transdisciplinaires et des technologies de pointe. Il vénère l'imagerie kitsch de Marie mère de dieu et s'habille en Prada comme le diable. La planète n'a plus de secret pour ce chorégraphe brésilien. S'il n'avait pas signé de contrat d'exclu avec CONCAV il aurait dû faire "la Ferme" à la place de Patrick Dupont... Il n'aime que lui et c'est pour ça que je l'aime. Ce marcheur invétéré a pénétré toutes les ruelles et les pissotières du monde entier. Sao paulo, Tokyo, Budapest se sont vues piétiner par ses Prada et son jugement sans faille n'épargnera personne, messieurs les artistes vous n'avez qu'à bien vous tenir devant Joel Borges en direct de Vienne...

Joel Borges : Merci Alexandre, j'ai connu un artiste qui écrivait comme ça et qui n'a pas été reçu à la villa Médicis. Je suis en direct de Vienne dans un lieu qui se nomme XXXXXXX. Je réalise un programme de coopération nommé "Terrains fertiles"qui produit et diffuse des jeunes chorégraphes et artistes. Nous sortons d'un travail très intense qui a duré trois semaines.

Ces trois semaines de travail avec des Roumains, des Autrichiens et des Français ont été dures, mais je suis réellement touché par la capacité de cette jeune génération de 18-19 ans à investir et personnifier des espaces. Ils ont chacun un budget qui varie entre 1500 et 5000 € et ils ont développé de vrais travaux de collaboration pour la lumière ou la mise en scène.

A. L. : Je me dois de vous présenter les deux productrices de CONCAV, qui sans ces deux femmes n'existerait pas. Elles sont les bases de l'art numérique en France, l'une est passée des punks aux Bisounours tandis que l'autre code et flashe l'intime drapée par JPGauthier, l'une théorise et aide les artistes dans leur devenir de producteur de contenu, l'autre impose un parfum sensible sur le didactisme du code. Je vous présente Anne-Marie Morice de la revue Synesthésie et Guylaine Monnier de Regart.

DJAMEL KOKENE - invité concav

A. L. : Djamel Kokene est artiste et curator, il propose une plateforme pour artistes sur l'axe en mouvement euro-médittéranéen . Cet artiste commissaire qui fonctionne à l'énergie développe trois axes de production : résidence, exposition, édition. Il est en direct d'alger : Djamel êtes-vous un artiste stagiaire... ?

Djamel Kokene : En fait on est tous des artistes stagiaires. Pour moi cela signifie que l'on est en devenir, c'est une façon d'amorcer quelque chose qui n'est pas stable. L'artiste stagiaire est pour moi un individu en permanente construction. Je veux interroger le processus d'identité de l'artiste.

Mathias Ohrel : Ca me rappelle que la seule et unique fois où j'ai rencontré des artistes à Dakar, c'était au cinéma de l'Empire et ils exhibaient fièrement une carte d'artiste (un bouchon de champagne saute... ndlr) un document du gouvernement qui donnait leur statut d'artiste. Est-ce que tu considères que eux aussi sont des artistes stagiaires ou, comme ils en ont la carte, ce sont des artistes établis ?

D. K. : Dans ta question, il y a deux choses: ici, le terme de l'artiste est défini, il ne rentre pas dans une recherche du devenir, ce qu'il recherche c'est la stabilité, l'autre chose, c'est l'autorité qui fournit ce statut et cela détermine aucunement ce qui est artiste ou pas. Faut-il passer par une autorité pour devenir un artiste : c'est dommage.

M. O. : Est-ce que c'est pour ça que tu revendiques deux statuts différents qui peuvent être en conflit : celui d'artiste d'une part et celui de commissaire d'autre part.

A. L. : Djamel, juste avant de répondre à Mathias, peux-tu nous présenter la plate-forme.

D. K. : La plate-forme est un dispositif de recherche euro-médittéranéen (le terme est un peu bizarre) en création artistitique contemporaine, pour réfléchir sur les modalités d'échange artistique, sociale, culturel, économique dans certaines régions qui à mon sens aujourd'hui sont un peu tombées aux oubliettes. C'est aussi une façon de repenser la relation à l'autre non pas sur un rapport nord-sud mais en terme de voisinage géopolitique avec des axes transversaux. Il faut considérer la plate-forme comme un espace qui s'active avec des artistes, des acteurs, des chercheurs.
C'est pour moi aussi, une façon de réfléchir sur la modalité de production et de programmation : faire une proposition globale.

A. L. : Quels sont tes moyens de production, tu développes trois axes : l'exposition, l'édition et la résidence.

D. K. : l'exposition est fondamentale en mouvement, ce que l'on appelle la mobilité aujourd'hui : le déplacement. Prendre en compte le mouvement ce n'est plus rester dans un espace clos: l'espace de la galerie, l'espace du musée qui ne sont que des réceptacles de l'affect mais où l'affect est remis au second plan. Je me déplace et cela ne se passe pas dans un espace clos : c'est fondamental. L'axe de l'édition est une façon de proposer des rencontres, donner à lire en arabe et en français.

A. L. : Anne-Marie Morice s'occupe des questions sur le chat. Anne-Marie se fera un plaisir de faire une sélection des questions les plus intelligentes comme les plus connes.

Anne-Marie Morice : Il n'y a pas tellement de questions, il y a plutôt des remarques : Amer-Béton dit ce n'est pas l'institution qui fait l'artiste, JR renchérit disant que c'est l'oeuvre qui fait l'artiste et des remarques qui disent que tout cela est politiquement correct.

A. L. : Djamel, es-tu politiquement correct ?

Djamel : Écoutes, je ne sais pas pas. Aujourd'hui, les choses ont changé, il y a du politiquement correct. Faudrait voir dans quel contexte ? Cette remarque prend place. Je ne vois pas en quoi par exemple de poser des containers sur une place publique à Alger après douze ans de terrorisme il y a du politiquement correct. La première fois que j'ai proposé la plate-forme en France, je ne l'ai pas fait dans une salle d'exposition, je l'ai fait dans un couloir. Ma revue s'appelle "CheckPoint" ce sont des choses qui ici (à Alger ndlr) pourraient facilement fâcher. Il peut y avoir du politiquement correct aujourd'hui, il faut le cibler, c'est fondamental : la remarque peut être juste mais il faut savoir où elle se situe.

Samuel : Qu'est-ce que tu as à dire sur la position politique de l'IMA ?

Djamel : Juste une seconde, je vais changer de casque.

Mathias : Un internaute Péruvien se demande de quel Lima il s'agit : C'est l'Institut du Monde Arabe...! (rires)

A. L. : Djamel tu peux intervenir quand tu veux au cours de l'émission. Avant d'accueillir les artistes Parisiens, je vais vous inviter à participer à un jeu. Une émission ne serait pas une émission sans un jeu, le premier qui trouve de qui est la citation suivante peut gagner une bouteille de champagne livrée à domicile : "Pourquoi voulons-nous être tous des artistes ? Je ne rencontre que des gens de mon âge qui écrivent, jouent, chantent, tournent, peignent, composent. Cherchent-ils la beauté ou la verité. ce n'est qu'un prétexte, ils veulent être célèbres. Nous voulons être célèbres parce que nous voulons être aimés, nous voulons être aimés parce-que nous voulons être blessés. Nous voulons avoir un sens, servir à quelque chose, dire quelque chose, laisser une trace, ne plus mourir. Compenser l'absence de signification. Nous voulons cesser d'être absurdes, faire des enfants ne nous suffit plus. Nous voulons être plus interessants que le voisin, et lui aussi veut passer à la télé. C'est la grande nouveauté: notre voisin aussi veut être plus intéressant que nous tout le monde, jalouse tout le monde depuis que l'art est devenu complètement narcissique."

ANA-MARIA DE JESUS - invitée concav

A. L. : Je vous présente Ana-Maria de Jesus, Ana tu présentes une œuvre "prospectiviste pour le centre d'art virtuel de Synesyhesie, Pour cela tu travailles avec des artistes et des chercheurs...

A.-M. J. : Je travaille en parallèle la vidéo et l'internet, mais je trouvais que l'internet s'adaptait mieux. C'est un dialogue entre les gens dans la rue et les gens qui sont payés pour savoir ce que sera notre futur (les prospectivistes).
Je veux faire un catalogue d'images de notre quotidien et le mettre en rapport avec un imaginaire, un futur.
La forme vidéo est un tryptique, un dialogue entre scientifiques et gens lambda sur internet.

M. O. : Je croyais avoir compris qu'il y avait un peu une dimension de mission, comme une photographie d'un état de prospective justement, et fantasme de vision du futur aujourd'hui pour mettre en relief un décalage qu'il pourrait y avoir à ce moment-là.

A.-M. J. : Ca c'est encore une autre histoire. En travaillant, j'ai trouvé un projet plus ambitieux : le projet khéo qui demande aux gens du monde entier d'envoyer des messages qui vont être mis dans un satellite et envoyés en orbite pour retomber sur Terre dans 50000 ans. Pour moi c'était une source d'information rêvée. Ce qui est passionnant c'est l'enquête qu'il y a autour. C'est un projet à tiroir, les personnages les plus cités sont Britney Spears, Ben Laden ou ceux de la téléréalité. L'ambition du futur se limite encore à des voitures qui volent.

A. L. : Quelle est ta vision du futur ?

A.-M. J. : En fait, ma vision, elle vient vraiment des conversations avec les prospectivistes. Ce n'est pas une vision très réjouissante. On a peur aujourd'hui de la réalité virtuelle et on a peur de comment le pouvoir va investir cette réalité pour créer un fossé entre les gens. Construit-on un futur en fonction de ce que nous pensons tous être le futur?

M. O. : Tu dis que ce n'est pas très réjouissant mais tu termines par une note très positive en disant qu'il suffit que l'on désire un autre futur pour qu'il advienne.

A.-M. J. : Il faudrait tout arrêter et faire une énorme psychanalyse. La question est de savoir si une réalité virtuelle est bonne ou pas. Notre société est en train de construire des valeurs matérialistes, nous allons dans le faux, la réalité ne nous intéresse plus et si aujourd'hui l'art contemporain s'interesse à la représentation et à la réalité ce n'est pas un hasard, c'est une clé de voûte de quelque chose de très fort

S. G. : Tu n'as pas l'impression aussi que dans l'inconscient collectif la notion du futur est moins importante qu'il y a 10 ou 30 ans : sans fantasme.

A.-M. J. : Il n'y a simplement plus d'utopie, on veut la même chose en mieux, on baigne dans une espèce de confort relatif.

J. B. (Wien) : Écoutez, je n'entends rien, ne pourrait-on pas revenir à Djamel, pas pour nous parler de la plate-forme, mais pour qu'il nous dise ce qu'il ne peut pas faire avec. Peut-être qu'avec ce "pas" on pourrait comprendre des choses.

A. L. : Écoute Joël, nous avons des soucis de son avec Djamel, nous n'allons pas être en mesure de le réécouter, tu es en train de foutre un sacré bordel sur le plateau parisien. Anne-Marie des questions...?

A.-M. M. : Non, juste des gens qui se demandent si on a fumé.

M. O. : Est-ce que le principe de la noosphère t'as inspiré? Je trouve qu'il y a quelque chose de très noosphérique dans ton travail, le principe d'un inconscient collectif qui serait un nuage au-dessus de nos têtes dans lequel on pourrait monter de temps en temps et que l'on constiturait tous.

A.-M. J. : Sauf que je ne le pense pas comme un nuage, c'est plutôt une force. Comment dans notre vie on a une force qui nous pousse à faire quelque chose. On veut tout devenir et on met tout en place pour le faire. Visiblement, la société n'a pas cette capacité à se projeter d'une manière différente.

JOHANN VON AERDEN - invité concav

A. L. : Maintenant je vais vous présenter Johann Von Aerden. C'est un artiste diversifié, il aime ou déteste tour à tour les collaborations mais il ne peut s'en passer, il veut vivre des histoires d'amour passionnées au travail avec un partenaires ou plusieurs. Vous avez réalisé des collaborations sous différentes formes :
potache avec Nicolas Boone, minimaliste/esthétique/architecturale avec Simon
ou d'autres collaborations imposées dans des contextes comme le Pavillon ou Marseille.
D'ou vient ce désir de travailler avec d'autres personnes?

J. V.A. : HLM/HTML est en collaboration avec Simon Boudvin. Le titre est un petit jeu de mot sur HLM/HTML (rires)
C'est un grand panoramique de la ville de Paris, on peut cliquer sur différents points qui sont des immeubles que l'on a photographiés. Si l'on clique on voit l'immeuble agrandit qui pourrait faire, je sais pas, 3000 mètres de haut par un système de séquences assemblées. On peut penser aux "Monades urbaines" de Silverberg où il y a de grands immeubles de 3000 m de haut.
Oui, ça rejoint le travail d'Ana-Maria mais je ne suis pas sûr que les utopies soient toutes mortes. Dans la S.F on en trouve encore beaucoup, c'est un changement de perception de la ville, une exagération de l'architecture : une forme d'utopie/distopie entre les deux parce-que les tours c'est un langage architectural qui est perçu différemment en France. Les tours c'est un peu distopique, ça nous fait peur alors qu'à Séoul les gens sont contents d'habiter dans des tours : c'est le haut de gamme. Par exemple dans les "Monades urbaines" c'est carrément une manière de vivre sur Terre.

A. L. : Dans les "Monades urbaines" l'utopie positive, c'est que tout le monde baise avec tous le monde à travers les étages.

M. O. : J'y ai vu une sorte de correspondance avec le travail de Bublex

J. V.A. : Oui, oui, ce serait une bonne filiation, il est sur l'utopie/distopie.

M. O. : Il y a sur HLM/HTML un truc sur l'habitat populaire et le pop-up.

J. V.A. : C'est une bonne idée, c'est pas mal, c'est surtout un jeu de mots, en fait c'est une histoire de codes: les architectes sont soumis à des règles très strictes de construction, hauteur de plafond, taille des portes, etc... et le code HTML aussi et le système du copier-coller de copier une séquence à l'infini.

A. L. : Oui, parce que ton code fait trois lignes, il est très minimal.

J. V.A. : Oui, ça répète une image tout simplement.

S. G. : Comment interviens-tu dans le travail de Simon Boudvin, comment ça se passe?

J. V.A. : Pour HLM/HTML, j'avais fait un code comme ça pour rire, je l'ai montré à Simon, ça lui a plu et on a développé le truc ensemble,voilà. Après on partage le truc, il est à nous deux.

M. O. : Oui, on partage l'idée, elle est à nous deux, ce qui est très généreux et presque utopique en soi : c'est quelque chose de très fort, le principe de signature. Du coup, dans ton travail, d'une collaboration à l'autre tu peux pas développer une sorte d'identité personnelle, c'est un très fort renoncement ça pour un artiste.

J. V.A. : Ben ouais , ouais ouais, mais je ne peux pas faire autrement, c'est tout. J'aime pas bosser tout seul et ce n'est pas vraiment très important comme renoncement. L'individualité de l'artiste, son ego c'est quelque chose qui a été pas mal poussé par le marché de l'art, par les institutions, il faut une marque. Mais je crois que c'est quelque chose qui disparaîtra : c'est mon utopie. On le voit bien aussi dans le multimédia: ce sont des groupes qui font. On ne peut pas être super-codeur, super-graphiste, etc... et avec l'ubiquité qu'il y a aujourd'hui, c'est facile et c'est tant mieux.

M. O. : Peut-être que tu peux parler de ta collaboration qui t'a le plus frappé. Tout à l'heure Alexandre en a cité une ou deux. Tu parles de ta collaboration avec Nicolas Boone qu'Alex a qualifiée de potache: je ne suis pas sûr que ce soit le seul qualificatif que tu aies envie de mettre dessus.

J. V.A. : Oh, il y a d'autres choses. Le rendu on peut l'interpréter comme ça, oui, on a fait ça dans la bonne humeur (rires). On avait déjà travaillé ensemble à plusieurs reprises, moi j'étais plus internet et lui plus cinéma. La pièce s'appelle "peer to pop": on a fait des fausses pubs avec le format internet. On s'adapte, avec les collaborations avec Nicolas c'est plus free.

A. L. : Nous avons parlé des collaborations que tu as choisies, peux-tu nous parler des collaborations où tu as été choisi?

J. V.A. : Oui, j'ai expérimenté d'autres systèmes de collaboration, j'ai fait le Pavillon du Palais de Tokyo : le grand projet, c'était de faire un projet collectif, nous étions 12 artistes du monde entier. Nous avons été choisis par deux jurys et ça n'a pas super super marché. Au début on a essayé de casser nos égos, mais en fait au fur et à mesure tout le monde est parti chacun dans son coin. J'ai fait le Collège invisible aussi, c'est un peu la même chose : un collectif qui ne se choisit pas est un peu mort-né.

M. O. : Ta collaboration idéale ?

J. V.A. : Ce serait pas mal de trouver une bonne intelligence artificielle pour travailler avec (rires).

A. L. : Anne-Marie as-tu des questions...?

A.-M. M. : Alors, je peux dire que Johann a beaucoup de fans (applause) on dit que c'est bien, qu'il n'y a pas d'élitisme, que c'est pas trop conceptuel etc...

PHILIPPE MUNDA - invité concav

A. L. : Mathias va nous parler de Philippe Munda.

M. O. : Enfin en parler rapidement parce que dans CONCAV, je suis plutôt le N en matière de critique. Philippe, tu travailles un peu à la manière d'un artiste coucou, un artiste qui ne casserait pas les oeufs du nid dans lequel il squatte, de manière douce, hyper-sensible, ce qui pour un photographe est pas mal, cela te transforme toi-même en cellule photosensible de captation de quelque chose d'assez intense.

Philippe Munda : OHLALA c'est super doux...(rires).

M. O. : J'ai envie de dire que ton invitation à la galerie Madé dit une grande partie de ton travail : "En ne venant pas hier, vous m'avez permis de parler de votre absence." (tu pourras peut-être parler de notre absence à tous dans quelques minutes).

P. M. : Oui, voilà, vous n'êtes pas venu.

M. O. : Tu as d'abord été photographe de mode, tu as gagné beaucoup de tunes jusqu'en 2001.

P. M. : Oui, entre 1999 et 2001.

M. O. : Le 11/09/01 a changé beaucoup de choses dans ta vie, ça a été l'occasion d'un changement de façon de travailler. Tu travailles sur l'abandon, le rebut...

P. M. : ...le manque, l'absence.

M. O. : Tu es en résidence permanente, sans être un squatteur pour autant.

P. M. : ...un nouveau squatteur.

M. O. : Un squatteur, qui n'a pas de territoire, mais qui investit le territoire des autres avec discrétion, mais pour capter ce qui s'y passe.

P. M. : Oui oui, ça me donne l'occasion de rencontrer mes amis et d'être instable dans une vie au jour le jour. Tu disais qu'entre 99 et 2001 je gagnais beaucoup d'argent car je bossais dans la pub et la mode. C'était très très bien, mais c'était la période la moins féconde de ma vie.

M. O. : Tu produis aussi, tu produis des images et tu produis des quantités assez importantes.

P. M. : J'en ai produit des quantités assez importantes, maintenant l'idée c'est de s'en occuper. Dans la société comme dans la photo, on produit, produit, produit, on passe de l'argentique au numérique : on fait, on fait, on fait.
A un moment, il faut s'arrêter sur les choses, réfléchir un petit peu pour savoir ce que l'on fait.

M. O. : Tu fais des échanges de photos avec tes camarades.

P. M. : Oui, oui, j'en fais.

A. L. : Tu es passé d'un "mode rafale" jusqu'en 2001 à des "poses B" pendant des jours ou des mois, période dans laquelle tu poses ton regard sur le lieu que tu habites et sur ta production. Comment s'est effectué ce changement radical?

P. M. : On se retrouve face à un accident provoqué sur des gens, y'a un truc qui casse, l'économie se casse la geule : je gagne moins d'argent.

S. G. : Demain c'est les soldes.

P. M. : On boit du champagne, mais il y a quelqu'un à Alger ou à Vienne et on se dit ah, tiens, qu'est-ce qui se passe en Roumanie ? Est-ce que nous on est pas envieux?

A.-M. M. : Ici Roissy, la circulation est fluide, mais il y a quand même beaucoup d'échanges sur ce chat. Night est critique et désagréable : on boit du champagne, on se fait mousser et Philippe parle d'argent tous le temps...

P. M. : C'est le manque...

Concav Critique Ouverte aux nuls

Rendez-vous mensuel sur le Web, Concav se déclare la première émission en direct sur l’art contemporain. À l’image de la télévision des années 50 et de la radio des années 80, c’est un dispositif pionnier de communication développé dans une interface dynamique. Le public peut intervenir librement dans cet espace consacré.

Chaque dernier jeudi du mois à 20h30 sur http://www.flashxpress.net, l’émission est orchestrée par trois chroniqueurs issus de différents champs de la création contemporaine. Ils questionnent quatre artistes stars ou en devenir ayant une actualité significative en toute intimité dans un décor de style Mc Connico à la galerie M.A.A.D pour quelques milliers d’internautes.

Apres le succès technique de l’émission pilote du 23 juin 2005, aura lieu la première du genre avec Frédéric Taddeï (chroniqueur invité) aux cotés d’Alexandre Leveuf et Samuel Gassmann. Ils offriront une programmation jubilatoire sur l’art actuel, un point de vue singulier, fruit de leur dilettantisme promeneur et passionné.

Producteur : http://www.synesthesie.com
Partenaire : http://www.maad.fr/

CONCAV