Veit Stratmann - Eclairage public

Eclarage public - Veit Stratmann

Eclairage public est un "projet irréalisable" de Veit Stratmann. Cette proposition, pour un espace public régulé, recèle un potentiel de contrôle social qui nous alerte. Le projet énoncé par Veit Stratmann consiste à mettre en place un dispositif de surveillance inédit, permettant une vision panoptique de la ville, basée sur la lecture de ses variations lumineuses. Si l’éclairage dépasse une certaine moyenne d’intensité les autorités pourront facilement localiser des situations forcément anormales puisque hors des normes… d’éclairage.

Veit Stratmann imagine un dispositif d'éclairage qui se modifie en intensité en fonction de la densité et de la rapidité des déplacements et mouvemetn des piétons. Il formule cette proposition pour un espace public régulé, sous surveillance, par une notice explicative et une série photographique qui simule la situation qu'il a imaginée.

Cette pièce fait partie de la série des Projets irréalisables sur laquelle l'artiste travaille depuis 1998 et qui est restée jusqu'à ce jour plutôt souterraine. Leur thématique consiste en des propositions imaginées pour des lieux génériques (espace public, rue…), décontextualisés. « Ces pièces, dit l’artiste, qui sont pensées comme des aménagements de l’espace public, tentent de prendre très au sérieux des discours politiques – notamment sécuritaires - qui me font peur, m’exaspèrent, m’irritent…, de continuer à les penser dans leur logique et de les « attraper » à leur moment de lisibilité extrême". Ces fictions urbaines se matérialisent sous la forme de dessins ou de simulations photographiques numériques, créant une réthorique mentale partant d’un postulat certes équivoque mais plausible pour nous conduire jusqu’à la prise de conscience, in fine, de leur absurdité. Un absurde irritant, inquiétant, qui nous fait vivement souhaiter que ces projets ne soient jamais réalisés. D’où le titre de la série : « Projets non réalisés et irréalisables » qui selon la jolie formule de Jade Lindgaard « n’existent que pour chacun, en son trouble intérieur ». La forme découle de l’espace dans lequel le projet est communiqué au public. Elle est constituée d’une image et d’un texte, - pour les articles de journaux - , d’une animation et d’un texte stable pour les pages web.

La série des Projets irréalisables s’inscrit dans la démarche générale de Veit Stratmann qui consiste à travailler en relation étroite avec les lieux dans lesquels il est invité à intervenir. C’est pourquoi dans un texte écrit pour la revue 20/27, l’historienne d’art Nina Gu¨licher compare son approche artistique avec celle des sculpteurs qui ont créé des pièces pour l’espace public urbain et dont « la thématique et la forme se sont avérées ne pas correspondre aux attentes officielles en termes de représntation sociale et de monumentalité (…) à commencer par le monument d’Auguste Rodin en l’honneur d’Honoré de Balzac ».

Cette série apporte également un éclairage sur l’intérêt que l’artiste porte à des espaces de diffusion parallèles à ceux de l’art, comme ceux des médias imprimés ou du web, et sur les logiques qu’il met en oeuvre pour s’y insinuer furtivement et donner à ces pièces
leur lisibilité extrême. En effet avec ses Projets irréalisables, Veit Stratmann passe de l’affirmatif au conditionnel. Il situe ces propositions dans une zone indécise qui peut tout aussi bien rester dans l’utopie qu’exister. En les retrouvant dans les pages de quotidiens suisse ou portugais, on pense que les projets existent bel et bien. Par contre l’accès aux pièces La boîte d’arrogance et Eclairage public dans le Centre d’art virtuel de Synesthésie contribue à nous faire douter de la possibilité de les voir un jour s’actualiser. Le monde numérique du web n’est-il pas tout autant un espace de transmission d’information et d’échange que de leurre et d’intoxication ?

Biographie

Né en 1960, l’artiste allemand Veit Stratmann réside en France depuis plusieurs décennies. Veit Stratmann est représenté en France par la galerie Chez Valentin. Son travail opère aussi bien dans l’espace urbain, notamment à Rio de Janeiro, Paris et Berlin que dans des lieux dédiés à l’exposition telles le Museo Serralves, Porto, le Museum Folkwang, Essen, le Project Art Centre, Dublin, LiveInYourHead,Genève, Clark, Montréal, et Sox, Berlin.